La pensée magique des enfants

Les enfants ont un don précieux : la pensée magique.

C’est quelque chose qui est difficile à comprendre pour nous, les adultes, mais à certains moments, cela nous rend les choses beaucoup plus faciles, à tel point que nous nous en inspirons, comme nous le verrons, sans nous en rendre compte.

Lorsque nous parlons de la pensée, ce qui nous vient à l’esprit est surtout la capacité qu’a l’être humain de rendre rationnelle, logique et prévisible la réalité qui l’entoure, ce qui ne convient pas très bien à la magie et à la fantaisie, qui renvoient à quelque chose d’instinctif, d’impulsif, de peu filtré et de peu « raisonné ».

Les enfants de 2 à 7 ans, en revanche, réussissent cette tâche impossible à nos yeux grâce à la pensée magique, précisément en raison du besoin qui distingue les êtres humains de trouver un sens à la réalité qu’ils voient et perçoivent comme inconnue et incontrôlable.

À cet âge, les enfants sont encore égocentriques et égo-référentiels, ils apprennent peu à peu à se séparer de ce qui est en dehors d’eux et ils s’attribuent tout ce qui se passe : la pensée magique devient donc un outil fantastique à utiliser pour rendre la réalité plus proche, plus compréhensible, en la nommant et en la concevant de manières différentes de celles utilisées par les enfants d’âge scolaire.

La pensée magique, c’est ce que les enfants utilisent lorsqu’ils parlent aux objets comme s’ils étaient animés, par exemple en disant à une porte automatique de s’ouvrir sans savoir qu’il y a une cellule photoélectrique qui en détermine le fonctionnement ; c’est ce qui les fait marcher uniquement sur les lignes blanches en traversant un passage pour piétons ; c’est ce qui les fait répéter un mot ou un comportement lorsqu’une fois fait, cela a apporté un résultat positif et gratifiant.

Pas d’inquiétudes

Les adultes, raisonnant avec logique, risquent cependant de considérer certaines de ces attitudes comme excessives ou inquiétantes, de les confondre avec des précurseurs de comportements (ou de troubles) obsessionnels, avec pour conséquence de les étouffer dans l’œuf en les jugeant, en les avilissant, en les « punissant » ou en donnant une explication logique aux événements. Cela est dû au fait que l’on sait peu de choses sur l’importance de la pensée magique pour les enfants de cette tranche d’âge.

La pensée magique a, en effet, des fonctions incontestablement utiles pour gérer l’anxiété qui peut générer l’inconnu, rendant la réalité plus compréhensible et contrôlable. En particulier :

Il a une fonction défensive et rassurante : la peur de l’inconnu peut être réduite grâce à la formulation d’explications compréhensibles pour les enfants. Par exemple, placer une série d’animaux en peluche en rangée près du lit peut être une stratégie efficace pour éloigner les mauvais rêves ou faire un dessin de quelque chose qui fait peur et faire manger une marionnette ; cela peut contribuer à apaiser les tensions ;

Il a une fonction propitiatoire pour les enfants :

l’espoir de changer le cours des événements selon ses désirs est rassurant et rend tout plus faisable et gérable, par exemple embrasser les dés avant de les lancer lors d’un jeu de chair de poule ou encourager un bâton à aller loin et vite avant de le faire courir après le chien leur permet de s’exposer et d’essayer dans de nombreuses situations ;
Il a une fonction cognitive : il aide les enfants à créer une carte mentale des espaces afin de se déplacer en toute sécurité. Par exemple, compter les carreaux dans une pièce, marcher uniquement sur les lignes contribue à la connaissance du monde environnant, ce qui rend les dimensions et les mouvements à l’intérieur d’une pièce plus prévisibles et plus faciles à gérer.
Face à cette explication, il est évident que la pensée magique est indispensable aux enfants qui n’ont pas encore développé la pensée logique, d’autant plus si l’on pense que même nous, les adultes, en l’absence d’une motivation convaincante ou d’un certain résultat, y puisons parfois : pensez par exemple aux rites superstitieux pour soulager le stress avant un examen, un entretien ou un match de football.

Il est donc nécessaire de ne pas bloquer ou juger ce type de pensée, comme étant « erronée » par rapport à la pensée logique : les enfants ne comprendraient pas pleinement la raison avec le risque de se sentir inadaptés et déplacés. Nous devrions plutôt soutenir les petits et nous adapter à ce langage pour nous rapprocher émotionnellement d’eux, par exemple avec des « rituels de guérison » lorsqu’ils ont un peeling.

Les bénéfices seront nombreux :

d’une part, les enfants se sentiront compris et « adéquats » et, d’autre part, les adultes s’entraîneront à une lecture différente de leur réalité, ils pratiqueront l’attente, ils respecteront avec tolérance des points de vue différents des leurs, donnant ainsi un modèle positif aux petits qui les observeront inévitablement faire tout cela.